De la dépendance aux jeux vidéo

De la dépendance aux jeux vidéo

Cette semaine, deux articles ont paru dans la presse. Ils relataient des conclusions d’études qui tentaient de mettre plus de lumière sur les corrélations possibles entre les jeux vidéo et différents problèmes sociologiques tels que la dépendance, l’obésité, la violence et la réussite scolaire.

En fait, de plus en plus d’études scientifiques sont publiées chaque semaine et essaient d’établir des corrélations entre le jeu et diverses problématiques allant du sexisme au racisme en passant par la dépendance, la violence, les performances scolaires et bien d’autres.

Néanmoins, il faut conserver un certain regard critique à la fois sur les résultats de ces études, mais surtout, sur la manière dont la presse les rapporte sans en nuancer leur conclusion.

En effet, l’étude du Dr. Douglas Gentile (qui s’est déjà rétracté dans le passé sur une étude similaire) conclut que 9 % des joueurs utilisant la Wii ou la Kinect deviennent dépendants. Alors que Dr. Gentile considère les jeux vidéos similaires à l’usage de la cocaïne, le Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (la sommité dans le sujet) a rejeté l’inclusion de la dépendance aux jeux vidéo.

Pour appuyer leur argumentaire, beaucoup de scientifiques expliquent, avec grande justesse, que la biochimie du cerveau change en jouant; le cerveau produit de la dopamine lors de cette activité, ce qui ressemble à l’utilisation de certaines drogues. Selon eux, la dépendance provient du fait que les joueurs cherchent à produire toujours plus de dopamine. Par contre, ce qui est souvent omis, c’est qu’évidemment, toute activité de plaisir (comme pratiquer un sport, manger ou encore le sexe) produit aussi de la dopamine. Ce débat se transforme donc souvent en un débat sur les mots comme l’explique si bien sur le blogue Educational Games Research.

Personnellement, j’avoue avoir un sérieux doute sur les conclusions de l’étude de Douglas Gentile. Surtout, en prenant compte que les consoles Wii et Kinect sont reconnues pour leurs jeux courts, peu immersifs, avec un cachet visuel de faible qualité et où les joueurs ne sont pas des habitués des jeux vidéo et cherchent surtout la nouveauté. C’est sans compter que des jeux physiques demandent plus d’énergie, et donc, les joueurs se fatiguent plus rapidement. Comparativement aux joueurs de MMORPG comme World of Warcraft (1) ou à d’autres jeux conçus autour de la compétition sur le long terme, les joueurs de Wii et de Kinect n’y jouent donc pas aussi longtemps. C’est exactement ce que corrobore une analyse de Nielsen qui démontre que la Wii est peut-être la console la plus achetée, mais elle est la moins jouée.



Wii Bowling

Est-ce le nouveau signe de la dépendance?

Et être dépendant des quilles sur la Wii… moi, j’ai un doute. Un sérieux doute. En considérant que 80 millions de personnes possèdent une Wii, nous avons 8 millions de personnes dépendantes de Wii Sports?

C’est ainsi que plusieurs journalistes ou autres intervenants se mêlent entre différents types de jeux, différentes consoles, différentes perceptions des joueurs, différents usages du jeu, mais peut-on les blâmer? Il s’agit d’un monde définitivement complexe.

Au fait, ce que je crois que l’on oublie, c’est que le jeu est un outil malléable, diversifié et adaptable à n’importe quelle catégorisation. Tout environnement est jouable. Toute structure peut se transformer en jeu. Alors, qu’est-ce qui empêche les jeux de se départir d’un préjugé tels la violence, le sexisme, la dépendance, etc. L’industrie possède des contre-exemples pour chaque type de problèmes sociologiques qu’on lui attribue. Nous retrouvons

MeteorMath: un jeu sérieux pour apprendre les mathématiques. J'espère que votre enfant n'y est pas dépendant!

Je ne veux toutefois pas minimiser l’impact négatif que peut avoir une passion excessive. Quelle que soit la passion. Jouer de la guitare, lire des livres, dessiner, toutes les activités de loisir peuvent se transformer en comportement obsessif et conduire à  la dépression et l’isolement.

Personnellement, certains de mes amis ont passé des mois sur le chômage à jouer à des MMORPG. Étaient-ils dépendants? Ou était-ce une réponse au temps libre qu’ils avaient? C’est une excellente question qui n’est pas aussi facile à répondre que l’on peut penser à priori.

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Mon bagage d’historien m’apporte aussi à relativiser l’apparition d’un nouveau produit culturel. Comme à l’apparition de la photographie, de la bande dessinée, du cinéma et de la télévision, ils se créent un mélange explosif entre les arts «traditionnels » et les nouveaux médiums. Plusieurs (et souvent les jeunes) se représentent plus facilement par la nouveauté tandis que les plus traditionalistes se définissent en s’y opposant. C’est une hypothèse des plus intéressantes que j’aimerais analyser plus en profondeur, mais qui, à priori, m’apparaît une explication potentielle au dénigrement que vivent les jeux vidéo actuellement.

Et si vous croyez, comme bien d’autres, que les jeux vidéo sont plus violents, créent plus de dépendance, etc.  en raison de leurs capacités immersives ou de leur interactivité, vous devez savoir que nous sommes encore à un stade embryonnaire de l’immersion. Des prototypes de contrôles par la pensée sont développés en ce moment. Et si pour vous, la Kinect ou la Wii, c’est de l’immersion à son état pur, ayez peur, car d’ici quelques années, la dépendance aux jeux vidéo sera bien plus élevée que 9%!

1) Et parlant de World of Warcraft, il arrive 6e dans les jeux les plus joués, bien après Solitaire et Freecell.