Les jeux vidéo et le dépot légal

Dès mon arrivée en sciences de l’information, je me suis posé plusieurs questions une question, et non la moindre : Est-ce que les jeux vidéo sont inclus dans la loi sur le dépôt légal comme peuvent l’être les livres, les émissions de télévision et les films?*

Cela devrait être le cas, me dis-je, il s’agit d’un produit culturel et artistique, conçu localement, qui aide au rayonnement international du Québec. De plus, la Ville de Montréal est considérée parmi les cinq pôles mondiaux de cette industrie.

Tom Clancy's Splinter Cell

Splinter Cell est considéré par l'industrie comme étant le premier jeu de grande importance à avoir été conçu au Québec. (Ubisoft Montreal)

Alors, les jeux sont-ils inclus dans la loi sur le dépôt légal?

Et bien Non. Rien. Nada. Ajoutez un autre synonyme de Rien traduit dans une autre langue.**

Pourtant, la France possède un dépôt légal sur les jeux vidéo et la BNF propose un millier de documents déposés dans une collection de jeux sur de multiples plateformes. Aux États-Unis, la bibliothèque du Congrès conserve des jeux vidéo pour la postérité depuis déjà quelques années et tente de sauvegarder les jeux vidéo oubliés par le temps.

Alors, pourquoi n’est-ce pas le cas ici?

Et bien, après une très courte enquête, j’ai découvert qu’il s’agissait surtout d’une question technique.

Mais, question de conserver le suspense, revenons un peu dans le temps. En 2006, un comité a décidé de mettre à jour la loi sur le dépôt légal et d’y inclure les films et les émissions de télévision. C’est aussi à ce moment que l’on s’est questionné sur l’inclusion des jeux vidéo dans le dépôt légal.

Il faut savoir qu’à cette époque (et encore de nos jours), les jeux de société étaient exclus de la loi sur le dépôt légal. La raison, le raisonnement La justification : il s’agit davantage d’un objet que d’un document de bibliothèque. Bon, je n’irai pas trop loin dans cette étrange logique qui doit avoir fait l’objet de multiples débats tous plus intéressants les uns que les autres.

C’est dans le cadre de ces débats sur l’inclusion des films et des émissions de télévision que les jeux vidéo ont été considérés dans la même catégorie que les jeux de société.

À priori, il s’agit d’une bien triste nouvelle, voire une injustice pour ce médium.

Pourtant, il faut se poser la question: gagnerait-on à inclure les jeux vidéo dans la loi sur le dépôt légal?

Pour être soumises au dépôt légal, les compagnies productrices de contenu doivent être basées au Québec. Et ce n’est pas le cas actuellement dans notre province! La majorité des jeux produits au Québec sont des filières d’entreprise internationale: Warner Brother (EU), THQ (EU), Ubisoft (FR), Eidos (Japon) et EA (EU). En ce moment, je ne pense qu’à Beenox et Behaviour Interactive qui offre des jeux vidéo “traditionnels” et qui ont leur siège social dans la province.***

Alors, si le dépôt légal ne s’applique pas, ou qu’il s’applique mal à la réalité québécoise, pourquoi ne pas s’intéresser à la conservation des jeux vidéo dans nos bibliothèques et s’assurer que nos produits conçus ici soient préservés pour notre patrimoine culturel commun.

Notre industrie le mérite bien.

*Oui, j’avoue que je me pose des questions étranges…

*Je tiens à mentionner que les jeux sous forme de livres ou ceux destinés spécifiquement à l’enseignement et à l’apprentissage sont soumis au dépôt légal. De plus, les documents électroniques sur support et les logiciels sont aussi soumis à la loi s’ils sont lisibles par ordinateur. Pour l’instant, il n’y a surtout eu que des logiciels pour enfants à caractères éducatifs qui ont été soumis au dépôt légal.

*** Nous avons une gamme fort intéressante de développeurs de jeux sous d’autres plateformes: téléphones cellulaires, Ipod, Ipad, télévision, et même les jeux pour les voyages en avion, mais ils seraient plus difficiles de les conserver pour l’instant.

Tom Clancy's Splinter Cell