La ludographie : un nouveau service de recommandation

Un des rôles majeurs des bibliothèques est d’offrir un service de recommandation pour aider à mieux saisir la profondeur des collections offertes, alimenter les usagers et faire découvrir de nouvelle œuvre culturelle. La recommandation fonctionne relativement bien dans le domaine du livre, mais elle est encore assez absente du milieu du jeu. Malgré tout, 42,1% de la population joue à des jeux en ligne et 50% joue selon des recommandations de pairs. Ce qui laisse croire que dans cette marée plus que confuse de produits, les bibliothèques pourraient jouer (no pun intended) un rôle laissé vacant. Souligner les produits locaux, faire valoir les créations indépendantes ou de bonnes qualités tout en diminuant les objectifs louables (mais tout de même sous le joug du profit) des fournisseurs.

Dans ce contexte, je m’intéresse à offrir des services de recommandations sur le jeu. Deux ludographies existent sur le site web des bibliothèques publiques de Montréal : ressources en ligne et SOS Devoirs. Je vous offre donc une revue corrigée des billets que j’avais écrits sur l’espace B.

Ludographie papier

Ludographie papier créée pour SOS Devoirs

Qu’est-ce qu’une ludographie web et en quoi ce concept peut être utile dans ma bibliothèque?

Pour faire court, il s’agit d’une recommandation de jeux en ligne (sur support flash, dhtml ou tout autre support). Il nécessite très peu : un ordinateur, un navigateur et, fréquemment, d’un support flash.

  • Son rôle : offrir un ensemble de ressources ludiques disponible sur le Web et qui sont appropriées aux besoins spécifiques d’une clientèle.
  • Son coût : en fait, de plus en plus de bibliothèques se questionnent sur la possibilité d’ajouter des produits ludiques à leur offre de service. Malgré qu’il s’agisse d’une initiative des plus louables, les bibliothécaires pourraient d’ores et déjà exploiter les ressources actuelles de leur environnement en offrant un premier point de service ludique : les jeux disponibles gratuitement sur le Web. Le coût est donc essentiellement en ressources humaines.
  • Son utilité : l’offre des jeux sur Internet, bien qu’abondante, est souvent enveloppée dans des sites abondamment publicisés, promouvant souvent des valeurs douteuses et d’une jouabilité fréquemment médiocre. Les bibliothécaires peuvent donc offrir, tout comme dans le cas des livres, une alternative éclairée et hors des prérogatives commerciales mettant l’emphase sur les créations originales, locales et indépendantes.
  • Son utilité, partie 2 : elle permet aussi de redorer l’image de la bibliothèque auprès des clientèles qui apprécie les jeux. Elle améliore aussi l’image des jeux en bibliothèque et prépare le terrain à l’établissement d’autres types de jeux en bibliothèques : Commençons sur un sujet ambitieux que nous ne pourrons ici qu’effleurer : l’image générale du jeu en bibliothèque. Je crois que je ne vous apprendrai rien en vous disant que comme plusieurs nouvelles technologies, le jeu web possède son lot de partisans et son lot de détracteurs. En fait, il n’est pas rare de voir les jeux en ligne associés à des problèmes de sexisme, de violence, de dépendance, etc. (voir http://www.webaverti.ca/french/games.html)
  • Ses publics : tous les jeux n’ont pas la même valeur et ne rejoigne pas la même clientèle. Pour réussir à faire correspondre les objectifs d’une ludographie avec un public cible (jeune, adolescent, adulte, aîné), il faut s’assurer d’avoir une politique de sélection rigoureuse et de choisir correctement ses ressources. Par exemple, la ludographie pourrait offrir des jeux sérieux « serious game » pour les adultes désirant vivre une expérience plus mature et intellectuelle, des jeux éducatifs pour les enfants, des jeux d’aventure et d’action pour les adolescents, des jeux de puzzle et de développement cognitif pour les aînés. Sur le sujet, consultez jayisgames et 794.8. Une ludographie peut être composée à partir de listes de meilleurs jeux trouvées sur le Web ainsi que de jeux ayant été primés par les critiques. Il peut être intéressant que la liste de jeux retenus mette de l’avant des créations locales comme les jeux proposés par le musée McCord.
  • La transversalité des supports: Plus spécifiquement dans le milieu des bibliothèques, il est plus traditionnel (et peut-être plus accepté) que la bibliothèque prenne le jeu comme un document de second ordre après le livre (à noter que la mission des bibliothèques publiques de Montréal est de favoriser la lecture et le savoir, et non la culture et le savoir). Il y a donc une certaine réticence à offrir des documents ludiques à cause du manque d’expertise dans le domaine et du manque de ressources pour offrir des ludographies de qualité.
  • Les difficultés : autant il est facile de trouver du contenu québécois de qualité pour les jeunes que la situation se détériore rapidement pour les autres groupes d’âge. Les jeux pour adolescents ou pour adultes de qualité sont presque exclusivement disponibles en anglais. Et pour les aînées, il y a encore de grandes lacunes dans toutes les langues. Il faut donc rechercher longuement pour trouver du contenu de qualité pour ses différents groupes.