Le dernier tabou

Dès le lancement de Ludicité, Thierry m’a proposé d’écrire un texte sur son blogue. Ayant moi-même un intérêt marqué pour les jeux de société et les jeux vidéo (en plus d’être bibliothécaire) il me semblait en effet que ce pourrait être pertinent et amusant. Pourtant, les semaines ont passé et je n’ai pas trouvé l’inspiration nécessaire. Toutefois, vu le chantage émotif que me faisait Thierry* mon grand intérêt, j’ai continué à y penser et j’ai enfin trouvé le sujet parfait (ou disons correct).

Mon coming out

«j’ai toujours assumé mon côté geek sans problème. En fait…jusqu’à la semaine dernière, jour de ma première partie sérieuse de… Donjons et Dragons.»

- Claude Ayerdi

Vous est-il déjà arrivé d’être gêné de jouer à un jeu? Du genre « si ma fille savait que je joue à son jeu de Barbie Wii quand elle dort, je serais le papa le plus honteux du monde». Je dois avouer que ça n’a jamais été mon cas; j’ai toujours assumé mon côté geek sans problème. En fait…jusqu’à la semaine dernière, jour de ma première partie sérieuse de… Donjons et Dragons. Et je n’ai pas seulement joué cette partie (de 5 heures), mais j’ai aussi adoré l’expérience. Vraiment!**

Ceux qui ne connaissent pas le jeu, et sa réputation, ne peuvent pas comprendre pourquoi cet « aveu » est un coming out. Alors, avant toute chose, petit résumé de ce jeu de rôle né dans les années 70. Je ne suis vraiment pas une spécialiste, alors j’y vais brièvement et très simplement avec ce que j’ai réussi à comprendre jusqu’à maintenant.

Le personnage

La première étape du jeu consiste à choisir un personnage. On y retrouve sensiblement les mêmes races que dans l’univers du Seigneur des anneaux (orque, hobbit, elf, homme, etc.). Il faut ensuite choisir la classe (magicien, guerrier, barde, voleur, etc.) et déterminer les caractéristiques (selon les classes, les races et les stratégies de jeu). Je simplifie beaucoup la méthode de création, car il s’agit en fait d’un processus assez long qui peut être plutôt complexe. Certains joueurs décident par exemple d’inventer un passé à leur personnage et de personnaliser chacun de leurs gestes. Un magicien pourrait par exemple préciser que ses sorts se matérialisent en une lumière bleuté en forme d’ornithorynque (je ne crois pas que ce soit arrivé par contre). Si vous avez besoin d’aide pour créer votre personnage, vous pouvez remplir ce léger questionnaire de 129 questions (!!!). Une question concernant votre matière préférée au primaire pourra vous aider à déterminer votre stratégie de jeu semble-t-il.

La quête

Une fois les personnages créés, il ne reste plus qu’à débuter la quête. Celle-ci sera vécue par les joueurs qui s’entraident, généralement, les uns les autres. La quête elle-même est choisie et racontée par un maître du jeu, surnommé affectueusement DM (Dungeon Master). Celui-ci fait la mise en contexte de départ et annonce les obstacles qui surviennent. Il demandera ensuite aux joueurs ce qu’ils désirent faire (combattre le méchant gobelin, se sauver, lui parler, etc.). Tout cela se fait toujours dans l’optique d’accéder à un but préalablement énoncé; sauver Zelda par exemple (ou je me mélange de jeu peut-être?). Fait important à noter, il n’y a pas de planche de jeu unique; celle-ci se dessine au fur et à mesure sur un surface inscriptible  (voir image ci-contre).

Les quêtes peuvent durer de nombreuses heures et même de nombreuses années. L’imagination du DM est la seule limite à ce que les joueurs peuvent accomplir. Ces derniers jouent en ayant un but précis à atteindre, mais aussi en accumulant de l’expérience de jeu qui améliorera les qualités du personnage. Le magicien pourra peut-être transformer son ornithorynque en léopard des neiges s’il persévère!

Les dés

Tout un paragraphe sur les dés est peut-être un tantinet exagéré, mais il faut dire qu’il s’agit d’une partie importante du jeu. Il faut se rappeler que l’on parle d’un jeu de rôle et non d’un jeu de grandeur nature, on ne se lève donc pas de notre siège pour se battre avec les monstres avec une épée de plastique. Alors, comment combattre ces créatures maléfiques? Avec des dés à 4, 6 12 et 20 faces (!!), le joueur tente de dépasser les scores du DM qui les roule pour le méchant en question. Ces fameux dés (surtout celui-ci à 20 faces) représentent le Donjon et Dragon (D&D) à son meilleur. Lorsque l’on en voit un traîner chez quelqu’un, un regard complice (ou dégoûté, c’est selon) s’échange: “Ah, tu joues à D&D”. D’ailleurs, je n’ai pas encore de d20, mais je crois qu’il faudra que je m’en procure un prochainement… pour la reconnaissance vous comprenez.

Et la gêne dans tout ça?

La description de D&D que je viens de faire est tout à fait sommaire, mais résume bien son mécanisme de base. C’est un jeu de rôle qui appelle à l’imagination d’un DM et des joueurs qui participent. Ceux-ci peuvent en profiter pour échanger, rire et se connaître un peu plus. C’est un jeu social et créatif. Alors pourquoi cette mauvaise opinion chez les non-joueurs? En fait, c’est difficile à dire. Selon moi, les joueurs de D&D sont vus comme des fanatiques qui passent de trop nombreuses heures e à jouer à ce jeu imaginaire où ils se prennent pour ce qu’ils ne sont pas dans la vraie vie. Effectivement, lorsque tu es rendue au niveau 217 (je ne sais pas si ça se peut), que ton personnage s’est marié et a eu des enfants virtuels et qu’il a abattu 18 756 gobelins (je ne connais pas d’autres sortes de méchants), c’est peut-être exagéré et un peu compulsif, mais c’est comme dans tout, l’extremisme est malsain. En fait, pour comprendre la façon dont les joueurs de Donjons et Dragons sont perçus, je vous invite à regarder le court métrage suivant (en deux parties). C’était, jusqu’à tout récemment, ma seule connaissance de ce jeu et les stéréotypes y sont bien représentés.

C’est un peu vulgaire, mais c’est aussi très drôle.

La Bataille de Farador (français avec sous-titres anglais)

Pour conclure

Finalement, cette chronique se veut surtout une démystification humoristique de ce jeu souvent jugé et pointé du doigt. En plus d’être libre de lire et d’être libre de jouer aux jeux matures, on est libre de jouer aux jeux qu’on veut, aussi geek soient-ils!

Et évidemment, je n’allais pas terminer sans vous en dire un peu plus sur moi. Je suis bibliothécaire aux Bibliothèques publiques de Montréal, comme Thierry, et je suis une elfe grise ensorceleuse qui possède entre autres le pouvoir d’endormir les gens (je n’en ai pas encore trouvé utilité).

Claude Ayerdi

*On dirait que c’est obligatoire d’utiliser les mots barrés dans ce blogue. Sinon, Thierry refuse de nous publier on ne se sent pas dans la gang. ;-)

**Je dois même avouer que j’ai vraiment hâte de découvrir ce qui se cache dans la salle que l’on a pas encore explorée.

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