Au cours des dernières semaines, j’ai dû relever un défi que Gargantua lui-même qualifierait de tâche colossale: transmettre ma passion aux jeunes en animant des séances de jeux en ligne dans les Bibliothèques publiques de Laval.
Rien de moins!
Lors de ces activités, une dizaine de jeunes et moi devions partir à la découverte de ces mystérieux jeux en ligne et, pour moi, en revenir sain et sauf. C’est sous la forme de tournois entre jeunes que j’ai décidé d’affronter cette bête.
Avant de monter mon animation, je me suis fixé une liste d’achievements à atteindre pour considérer que mon animation pour les 9-12 ans était une réussite:
- Mettre en valeur le parc informatique des bibliothèques;
- Initier les jeunes au web et à la technologie;
- Améliorer l’image de la bibliothèque en lui donnant un aspect techno-ludique;
- Faciliter la socialisation entre jeunes;
- Faire découvrir de nouveaux produits culturels.
Malgré le potentiel d’une activité de jeux en ligne sur papier, je dois admettre, que dans la réalité, animer ces activités n’a rien d’évident! C’est beaucoup plus que de regarder les jeunes jouer entre eux et interagir comme un lifeguard ludique. J’ai eu à rectifier plusieurs fois mon approche ludique (avant, pendant et après les activités) pour réussir à transformer la découverte en succès. Je vous soumets donc, ici et aujourd’hui, gratuitement, les principales conclusions auxquelles je suis arrivé après avoir survécu à ces activités…
Car oui, j’ai survécu!
1. Créer une page web dédiée à l’activité
Selon moi, la réussite d’une activité de jeux en ligne passe principalement par la création d’une page web qui servira comme porte d’entrée pour les jeunes. C’est la place où ils pourront avoir accès à l’ensemble des jeux en ligne que vous avez soigneusement sélectionnés, où ils pourront connaître leur score en temps réel et où ils pourront trouver de l’information sur les types de jeux (difficulté, durée, qualité, etc.) .
Je vous propose deux exemples de page que j’ai monté pour mes animations: Laure-Conan et Philippe-Panneton.
Le principal avantage de la page web est que les jeunes peuvent y revenir dans le futur (puisqu’ils ont évidemment vraiment appréciés votre animation… vous êtes un professionnel après tout). À cet égard, les chiffres sont assez surprenants sur Ludicité: plus de 30% du trafic sur les pages ont eu lieu après l’activité. Les jeunes continuent donc à consulter la page de recommandation, et ce, bien après l’activité.
Si j’avais à le refaire… Je rendrais cette page encore plus interactive avec les jeunes qui y écriraient eux-mêmes leur nom d’équipe et leur score. En ce moment, je rentre moi-même ces informations au fur et à mesure que l’activité progresse via mon ordinateur, ce qui me prend vraiment trop de temps.
2. Offrir des jeux coopératifs et des jeux compétitifs
Pour accueillir le plus de jeunes possible, nous avons regroupé deux jeunes par postes informatiques. Non seulement cela crée beaucoup de frustrations pour le contrôle de la souris, les jeunes n’appréciaient pas du tout la méthode du « chacun son tour ». Surprenant, non?
J’en ai encore les oreilles qui bourdonnent!
J’ai donc rapidement ajouté un jeu coopératif à deux joueurs, Fireboy and Watergirl, qui s’est ajouté à ma liste de jeux. Les jeux coopératifs permettent aussi d’ajuster la force des équipes et aident les jeunes à sociabiliser.
Un autre succès plutôt surprenant fut l’ajout de petits jeux compétitifs très simples, comme Jump It, qui attirent les jeunes par leur accessibilité (ok, je dois admettre qu’ils n’utilisent pas le terme accessibilité). À l’inverse, il m’aura fallu plus d’acharnement de temps pour convaincre les jeunes d’essayer des jeux plus complexes. Ces jeux se sont finalement retrouvés parmis les plus appréciées; les jeunes nommaient fréquemment Plantes contre Zombies et Small Worlds parmi leurs jeux préférés.
Si j’avais à le refaire… Je sélectionnerais davantage de jeux coopératifs et de petits jeux compétitifs. Je classerais les jeux en trois catégories: coopératifs, compétitifs et immersifs pour mieux expliquer les différences entre les différents jeux en ligne.
3. Vérifier la technologie en place
Une activité de jeux en ligne a comme objectif secondaire de démontrer le côté “techno” des bibliothèques (oui, oui, il existe). Pour ce faire, il faut s’assurer que tout fonctionne et que les jeunes aient facilement accès aux jeux en ligne, sinon KAPLAW: échec lamentable. Les principaux problèmes techniques que j’ai rencontrés furent:
- la vitesse d’Internet qui supportait mal le téléchargerment de jeux en ligne sous format Flash;
- des navigateurs périmés qui empêchent des jeux de fonctionner correctement (si vous utilisez encore Internet Explorer 6, il serait temps de le mettre à jour);
- des filtres d’antihameçonnage qui bloquent au hasard certains jeux;
- l’impossibilité de pouvoir contrôler le volume de l’ordinateur;
- les accès aux postes qui fermaient le jeu au milieu de la session.
Si j’avais à le refaire… Non seulement il faudrait effectuer une séance de test avant l’activité, il serait intéressant de mettre les jeux Flash sur un site web indépendant à l’aide de iFrame. De cette manière, les jeunes n’auraient pas à se promener sur différents sites, mais pourraient rester sur un seul modèle de sites web et être à l’abri de la publicité abondante des sites de jeux en ligne.
4. Oublier les jeux sérieux
Évidemment, pour le bien de la cause, il est toujours de bon goût de montrer à votre public (ou à vos collègues bibliothécaires) que « partir à la découverte les jeux en ligne » veut surtout aussi dire « découvrir des jeux éducatifs/sérieux ».
Par contre, les jeux sérieux prennent tout leur sens quand ils sont mis en relation avec des activités scolaires ou parascolaires. Hormis ces activités, les jeunes ne choisissent que très rarement des jeux sérieux lorsqu’ils ont le choix. Et lorsqu’ils s’y aventurent, ce n’est pas flatteur pour ces jeux.
Si j’avais à le refaire… J’enlèverais la majorité des jeux sérieux de ma sélection. Par contre, je motiverais peut-être les jeunes à essayer un jeu sérieux dans la gamme de jeux offerts pour gagner des points dans le tournoi.
5. Laisser la liberté aux jeunes
Les jeunes savent très bien ce qu’est un jeu en ligne: ils connaissent déjà des portails de jeux web et ont même, dans la plupart des cas, leurs jeux préférés. Pour eux, l’objectif de l’activité est surtout de découvrir de nouveaux jeux, de comparer leurs compétences et d’avoir du plaisir.
Clairement, les jeunes n’ont pas peur des bribes d’anglais dans leur jeu et se fichent un peu beaucoup de la promotion des produits locaux. Ils tiennent surtout à s’amuser avec des jeux simples et accessibles immédiatement.
Il ne faut donc pas tenter de prendre le contrôle de leurs activités ludiques, mais les laisser découvrir à leur rythme, les jeux en ligne. Il faut donc les laisser consulter les jeux dans l’ordre qu’ils désirent en les laissant découvrir ce que le jeu peut leur offrir.
Si j’avais à le refaire… J’ajouterais davantage de jeux dans la langue de Shakespeare. Des jeux de type arcade, accessibles et simples à jouer.
Donc, la conclusion? Organisez des activités de jeux en ligne, c’est plus difficile qu’on le croit, mais c’est payant!
Merci de votre lecture,
Thierry Robert
P.S.: Payant? Vraiment?
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Merci pour ces observations.
Il est vrai que les jeunes n’aiment pas le tour par tour, mais en revanche, j’ai remarqué qu’ils n’hésitaient pas à faire tourner la souris et le clavier quand un jeu leur plaisait vraiment. Et leur laisser la liberté est important, d’ailleurs ils ont tendance à dénicher de petites perles ludiques qu’il convient de récupérer au vol.
Autre système très apprécié que j’ai pu tester à plusieurs reprises : le jeu sur grand écran. Que ce soit pour présenter une simple démo ou encore des jeux tout simples comme des pendus ou des mémos (d’une cinquantaine de cases) et devant lesquels ils acceptent le tour par tour pour faire leur choix, même s’ils sont nombreux. Je pense que cela tient surtout de la possibilité de manipuler ce qui se passe sur l’écran à la vue de tous.
Je suis tout à fait d’accord aussi pour l’utilisation de jeux d’arcade en anglais. Il est vrai que nous sommes face à des enfants, mais après tout, nos consoles d’autrefois ne proposaient pas toujours de menus en français, et c’est ainsi que nous avons découvert nos premiers mots d’anglais : Start, Options, Let’s go, Play, Race, it’s me Mario !
D’ailleurs, je pense que l’on devrait remettre en avant nos consoles d’autrefois (NES, Super NES, Game BOY, Megadrive, etc) qui proposaient des jeux d’arcade simples, ludiques et agréables, sur des manettes accessibles (8 touches contre 16 aujourd’hui) et qu’un public très jeune pourrait mieux manipuler.
Merci pour ces commentaires!
En effet, ils n’ont pas peur de faire tourner la souris et le clavier… mais dans certains groupes de deux, les jeunes criaient fort à cause qu’ils voulaient jouer et que l’autre l’empêchaient. Dès qu’un des deux enfants étaient moindrement turbulents, cela devenait rapidement difficile à gérer.
Oui, le jeu sur grand écran semble une idée intéressante. Peut-être faire un petit “trailer” des jeux présentés avant l’activité? Sinon, j’ai un doute sur leur attention pour un jeu commun, il faudrait voir. As-tu des adresses intéressantes de jeux qui fonctionneraient bien pour ce type d’activités? Le problème, c’est que dans les bibliothèques où je suis allé, elles n’avaient pas tous des écrans géants.
Je trouve que l’idée du rétro est géniale! Il faudrait vraiment que j’essaie de faire une journée intergénérationnelle: venez revivre le passé des jeux à la bibliothèque parents/enfants! (Ok… le titre est à amélioré)… Super idée! Il faut maintenant réussir à dénicher des vieilles consoles et des vieux jeux
Le co-op est aussi (à mon avis) un état d’esprit qui se developpe. Idem pour les jeux au tour par tour, réel (en hot seat) ou non (ex jouer à deux à un jeu solo à tour). Je pense que le meilleur moyen de developper cela passe par le jeu entre amis.
@Nicolas : un jeu récent, à la sauce ancienne : Super Meat Boy ^^
J’ai essayé Super Meat Boy et j’avoue que c’était très bien. Un peu difficile par contre
Il y a aussi pleins d’autres jeux téléchargeables de grande qualité, mais le problème est le “téléchargeable”, les biblios aiment beaucoup plus le jeu en ligne. Pourquoi? Bonne question… j’imagine que c’est un truc informatique incompréhensible.
En effet, peut-être que le co-op est un concept qui se développe. Mais, certains jeux s’y prêtent mieux que d’autres… et quand l’activité dure seulement 90 minutes et que tu attends 10 minutes avant de jouer, les jeunes commencent à s’impatienter royalement.
Le problème avec Super Meat Boy, c’est que c’est un DLC. Peut de bibliothèque (en fait je n’en connais personnellement aucune) ont des comptes PSN ou Xbox Live. Qui plus est, qui dit jeux en ligne dit aussi, et c’est presque une fatalité, problème de pare-feu institutionnel…
Par ailleurs, je me pose une question concernant les jeux flash en ligne : ces jeux sont souvent hébergés sur des sites qui débordent, littéralement, de publicités diverses et de fenêtres pop-up pour vendre telle ou telle babiole. Est-ce qu’on se retrouve pas devant un problème éthique, en tant qu’institution publique, quand on fait la promotion de telles sites ? Surtout qu’il existe, si je ne m’abuse, une loi canadienne qui proscrit la publicité directe pour les enfants. Qu’en penses-vous ?
Fireboy and watergirl 3, best game ever!