Transmédia et jeux vidéo – Critique d’Assassin’s Creed: Embers

Hier, quelques collaborateurs de Ludicité et moi avons assisté à la première mondiale de Assassin’s Creed: Embers. Il s’agit de l’épilogue du second chapitre du jeux Assassin’s Creed qui se terminera dans sa version vidéoludique avec Assassin’s Creed: Revelations, à paraître le 15 novembre.

Assassin’s_Creed_Embers

Comme le film (ainsi que la franchise vidéoludique) a été conçu à Montréal, les réalisateurs ont voulu que cette première est lieu dans le cadre du Festival du Nouveau Cinéma. Nous vous offrons donc les commentaires d’une collaboratrice ainsi que les miens sur cette expérience. Sans vouloir voler de punch, disons qu’une critique est plutôt positive tandis que l’autre est plutôt tiède.

Pour ceux qui voudraient en savoir plus, je vous invite à regarder la bande-annonce et la critique de Kevin Masse sur Cyberpresse.


Vicky Gagnon

Assassin’s Creed: Embers est un court métrage pour les fans. Il sera téléchargeable à partir du 15 novembre pour le commun des mortels via Xbox Live, PlayStation Store et UbiShop. Il s’agit d’un dessin animé retraçant le dernier chapitre d’Ezio, le personnage phare du second opus de la saga. On y voit un Ezio vieilli qui se questionne sur son âge, son passé, sa famille et sa vie, du moins… pour le temps qui en reste.

L’objectif principal du court métrage est de proposer un épilogue et ainsi boucler le cycle d’Ezio. C’est aussi une vidéo promotionnelle qui permet d’ouvrir l’histoire sur les prochains jeux, mais aussi sur une possibilité de film ou de séries animées. Dès l’annonce de ce court métrage, des critiques se sont élevées puisque son existence laisse sous-entendre que le personnage d’Ezio ne meurt pas dans la prochaine mouture du jeu, Assassin’s Creed : Revelation. Ceci a été considéré comme une révélation au sujet de la fin du jeu.

Ce qui est très intéressant dans ce court métrage, c’est qu’il ouvre plusieurs possibilités, par exemple peut-être que le prochain jeu aura une héroïne et se passera en Chine. Assassins-ninjas ? Voilà qui ferait franchement différent dans la série. Ce ne sont pourtant que des suppositions qui n’ont pas été confirmées ou infirmées par l’équipe.

Pour ma part, j’ai bien apprécié la représentation visuelle et la qualité du film. Il est vrai qu’il s’agit d’un dessin animé qui n’a surement pas été créé pour les grands écrans de cinéma et les détails n’étaient pas parfaits. Lorsque l’on regarde la bande-annonce sur le web, l’esthétisme est franchement plus réussi. Les dessins rappels plutôt un anime ou un dessin animé à la Shrek, contrairement au style habituel du jeu vidéo qui se veut plus réaliste. Il s’agit davantage d’un produit sympathique que d’une production artistique mature.

À mon avis, les mégas fans de la série trouveront la vidéo un peu trop enfantine, alors que de mon côté j’ai bien aimé le contraste entre le style (candide) et l’histoire (dramatique). Je crois qu’il s’agit d’un produit intéressant pour boucler le cycle et pousser plus loin l’histoire des personnages. Toutefois, il y aurait surement pleins d’aspects de la vie d’Ezio qui auraient mérité d’être développés, mais peut-être aurons-nous la chance de le voir un jour dans une production cinématographique complète.

J’ai trouvée l’ambiance de la projection intéressante. Plusieurs personnes riaient dans la salle de voir lorsqu’ils voyaient leur personnage favoris se battre, mais avec une certaine douleur… Ezio n’étant plus dans la fleur de l’âge. Nous avons eu la chance d’échanger avec les producteurs et les intervenants d’Ubisoft. La franchise Assassin’s Creed conçoit plusieurs produits dérivés. Ubisoft a clairement l’idée d’explorer et de proposer des produits sur plusieurs types de plateformes. Les intervenants expliquaient l’importance de conserver une certaine cohérence en passant par plusieurs médiums qui peuvent permettent d’explorer différents aspects de l’histoire et approfondir la personnalité des personnages. Nous avons donc beaucoup entendu le buzzword de transmédia pour parler des différents produits dérivés et de l’exploitation de la franchise.


Thierry Robert

Il est toujours difficile de critiquer un fan service, l’objectif étant de plaire à un public fidèle qui recherche principalement une oeuvre familière et confortable. La déception dans l’aventure de Assassin’s Creed: Embers réside dans un certain manque d’originalité de ces 22 minutes pour une franchise qui a déjà montré son caractère innovant. Selon moi, j’ai assisté à la vidéo conclusive d’un jeu vidéo qui n’avait pas les budgets pour l’intégrer dans le jeu lui-même. Et sans attachement émotif, le résultat est encore moins bon que dans un jeu.

Durant le Q&A suivant la présentation du film, les gestionnaires de la propriété intellectuelle de Assassin ont déclaré que le film était une oeuvre transmédia, c’est-à-dire être une oeuvre qui peut «vivre par elle-même»… disons que je suis loin d’en être convaincu!

Pour dire ceci, il faut faire la différence entre une oeuvre transmédia et un produit dérivé. Il s’agit de réfléchir à la valeur de l’oeuvre, à sa qualité, aux émotions vécues et à l’intérêt de l’histoire. La mort d’Ezio, un assassin italien du quinzième siècle, peut facilement se transformer en un scénario qui mérite d’être raconté. Par contre, ce que j’ai vu, c’est un pont entre deux jeux, un support promotionnel supplémentaire pour faire naître de l’intérêt pour la suite de la propriété intellectuelle.

Selon le réalisateur, la fin d’Ezio devait être racontée sur support cinématographique pour ne pas déroger des règles du jeu (le joueur n’a plus accès à la mémoire de l’assassin quand celui-ci devient parent). Bullshit? Disons que le jeu aurait très bien pu trouver une astuce pour justifier l’intégration de cette vidéo.

Pour conclure, je dirais que je trouve décevant que cet oeuvre ne soit pas plus intrigante et ne donne pas plus justice à l’idée du transmédia. Pourquoi le jeu vidéo a-t-il tant de difficulté à s’intégrer au monde du cinéma? Pourquoi diluer le contenu pour en faire un produit promotionnel au lieu d’une véritable oeuvre à part entière?

Je remets aussi en question l’idée de présenter ce film dans le cadre du FNC. La salle était loin d’être remplie et l’idée de combler du temps par une démo du jeu à venir n’était pas une idée si fameuse. Les geeks de Montréal n’ont pas accouru à cette première et les spectateurs du FNC qui font presque toujours salle comble n’ont pas voulu payer plein prix pour cette publicité de 22 minutes. Dommage. Un happening public aurait, selon moi, eu beaucoup plus de succès.

Sinon, nous disons bonne nuit à Ezio :)
Thierry Robert et Vicky Gagnon

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