Des jeux vidéo à la BAnQ

Errata en date du 16 février 2012

Le 16 janvier dernier, Bibliothèque et Archives nationales du Québec annonçait un partenariat avec le studio Warner Bros. Games, et par le même coup, annonçait le lancement d’une collection de prêt de jeux vidéo. Le studio montréalais offre 10 jeux vidéo et 140 films gratuitement en échange d’une visibilité médiatique intéressante: Radio-Canada, La Presse, le Devoir, Triplex, Zero Seconde et bien d’autres…

«Pour plusieurs, il s’agira de l’an 0 pour les jeux vidéo en bibliothèques au Québec.»

Évidemment, il s’agit d’une excellente et importante nouvelle! Pour plusieurs, il s’agira de l’an 0 pour les jeux vidéo en bibliothèques au Québec. La Grande Bibliothèque vient donc grossir les rangs des bibliothèques québécoises et canadiennes qui utilisent déjà les jeux vidéo à des fins sociales, divertissantes et éducatives. Le discours de Guy Berthiaume préparé pour la conférence de presse était particulièrement intéressant et transmettait une idée puissante: “le jeu vidéo est le 10e art“. Un discours progressiste qui aide à donner de la crédibilité à ce secteur culturel.

BAnQ


«Par contre, trois éléments m’ont déçu lors de l’annonce de la collection de prêt de jeux vidéo.»

Par contre, trois petits éléments m’ont déçu lors de l’annonce de la collection de prêt de jeux vidéo…

1. Pourquoi est-ce que le développement d’une collection de jeux vidéo à la Grande Bibliothèque a été annoncé comme une première en faisant fi des nombreuses initiatives des autres bibliothèques québécoises et canadiennes?

Dans le communiqué officiel ou dans les journaux, aucune mention du fait que plus d’une trentaine de bibliothèques québécoises possédent déjà des collections de jeux vidéo (Errata: Guy Berthiaume mentionnait la présence de jeux vidéo dans certaines bibliothèques publiques à Montréal et au Québec dans un article de la Presse – Merci à ceux qui me l’ont fait remarquer). Et sur la scène fédérale et internationale, le lancement de la collection de la BAnQ se rapproche davantage d’une mise à niveau qui était nécessaire depuis très longtemps! Comparativement, La Library of Congress conserve des jeux vidéo depuis les années 1980! L’annonce de la Grande Bibliothèque ne laisse pas sous-entendre que leur collection sera plus marquante que celle de Montréal-Nord ou du réseau des Bibliothèques de Québec. Pour l’instant, elle ne laisse pas non plus sous-entendre qu’une place particulière sera faite aux créations locales. Bref, cette collection n’est pas particulièrement innovante et nous avons bien hâte de voir comment les moyens de la BAnQ donneront vie à cette collection.

Félicitations à Triplex pour avoir souligner l’existence d’un autre partenariat avec le studio Eidos-Montréal, la National Gaming Day.

2. Pourquoi la Grande Bibliothèque a-t-elle complètement évacuée les jeux matures de ses collections? Cela ne semble pas conséquent avec l’appellation «10e art» qui a été donné aux jeux vidéo.

En effet, c’est bien joli de dire à Warner Bros. Games que les jeux sont le 10e art, mais, comment expliquer alors que la Grande Bibliothèque ne veuille pas de jeux pour adultes dans sa collection? Il serait impossible d’éliminer des livres de la collection sous prétexte qu’ils soient violents. En offrant qu’une collection pour les moins de 17 ans, la Grande Bibliothèque continue à souligner que les jeux vidéo sont des oeuvres culturelles destinées aux jeunes et qu’elles ne sont pas aussi sérieuses que les autres documents. Nous le savons, dans le domaine des jeux vidéo, de grandes oeuvres artistiques comme Deus Ex: Human Revolution et Assassin’s Creed sont des jeux classés M. Il est malheureux qu’une institution comme la Grande Bibliothèque ne les mette pas en valeur, particulièrement lorsque l’on sait qu’il s’agit des deux plus grands titres conçus au Québec l’année dernière.

3. Si les jeux vidéo sont le 10e art, pourquoi ne pas les soumettre au dépôt légal?

Comme le souligne Jean-François Coderre, l’annonce n’est pas si symbolique; les jeux vidéo ne seront pas encore archivés pour le dépôt légal. Comme je l’ai souligné dans des articles précédents, nous avons déjà perdu une partie de notre patrimoine culturel et nous continuerons à en perdre rapidement. En France et aux États-Unis, le dépôt légal conserve les jeux vidéo depuis plusieurs années. Pourquoi l’institution qui a pied à terre dans l’un des trois berceaux de la conception de jeux vidéo au monde, ne conserve pas nos créations?

Bref, l’annonce de la Grande Bibliothèque fut des plus intéressantes et deviendra sans nul doute un vecteur important pour convaincre les bibliothèques réticentes pour l’intégration des jeux vidéo en bibliothèques. Il me semble toutefois que le saut a été fait d’un pied hésitant là où il aurait été important d’y aller à grand pas. Il faut donc espérer que les bibliothèques qui prendront l’exemple de BAnQ soient moins frileuses et s’assurent d’adapter leur offre aux besoins existants.

Thierry Robert

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