Les jeux sérieux, partie II: La compétence québécoise

Dans la première partie de mes articles sur les jeux sérieux (parue l’année dernière), je discutais du potentiel éducatif de l’apprentissage par les jeux et je tentais de définir l’expression «jeux sérieux».

En 2009, le gouvernement français investissait 30 millions d’Euro dans le domaine des jeux sérieux. C’est 47 projets qui sont nés directement de cette initiative. Nous assistons même à l’embauche de concepteurs de jeux sérieux chez Bordas, un des grands éditeurs de manuels scolaires français. Le jeu prends donc une place de plus en plus importante dans le système d’éducation français.

Et, en ce moment, c’est en Belgique que nous retrouvons le site web incontournable pour la veille sur les jeux sérieux: SeriousGameBE |@SeriousGameBE.

Et au Québec…

Même si le Québec reste encore loin de cet intérêt pour le jeu sérieux, nous pouvons quand même être fier des initiatives québécoises. Ici, c’est la compagnie CREO (Sciences en jeu | @Scienceenjeu) qui reste le fer de lance dans le domaine. La compagnie développe surtout des jeux de vulgarisation scientifique comme Forestia, Rana et Physica. Le dernier de leur projet, Mécanika, est un jeu de simulation de physique servant à apprendre des concepts issus de la physique (inertie, force centrifuge, etc.).

Mecanika

J’ai une forte appréciation de ce jeu: drôle, simple et accessible, Mécanika permet d’entrer en contact simplement avec les concepts de base de la physique. Évidemment, côté conception de jeu, Mécanika reste bien similaire à d’autres jeux de physique, mais ce qui en fait sa force, c’est dans les détails: narration, graphisme et structure des tableaux sont très léchés. Rien étonnant du point de vue de la qualité, le principal concepteur, François Boucher-Genesse, ayant travaillé sur Halo 3 et Halo Reach.

Comme quoi l’intérêt existe au Québec, Mécanika a été le sujet d’un topo sur Découvertes, le 5 février dernier. Malgré que le topo n’utilise jamais l’expression «jeux sérieux», mais bien «jeux de réflexion»… ce qui est bien étrange.

Mecanika_Decouverte

Lien vers le topo de Découverte sur Mécanika

Aussi… un intérêt académique pour les jeux sérieux au Québec

Un autre signe de l’intérêt pour les jeux sérieux au Québec, une chaire de recherche à Polytechnique existe dans le domaine des jeux sérieux: Mati Montréal. J’ai aussi eu la chance de me rendre à la conférence de M. Emmanuel Mandart dans le cadre de mon travail sur Escouade B. Étudiant à la maîtrise en didactique, M. Mandart s’intéresse à l’impact de la narrativité via le level design (conception de niveau) dans l’apprentissage. Il s’intéresse justement à analyser le comportement de 200 étudiants du secondaire dans leur compréhension du jeu Mécanika avec le test Force Concept Inventory.

Et si M. Mandart m’a appris une chose dont je vais me souvenir: c’est sa manière d’expliquer l’apprentissage dans les jeux sérieux via le modèle des Lego. C’est simple: l’apprentissage peut se faire de manière structuré ou non, mais ce vers quoi il faut tendre, c’est d’offrir un environnement ouvert tout en guidant le joueur.

Lego_Apprentissage

L’idée de ce piètre dessin est fort simple: plus qu’un jeu offre un level design directif, plus l’apprentissage fait par le joueur est celui qu’on attends. Et dans le cas des jeux sérieux, c’est souvent un problème récurrent: nous voulons effectuer des apprentissages précis et il est difficile de laisser aller le joueur avec une grande liberté. D’un autre côté, si on laisse trop de liberté, il y a, en effet, le risque que l’apprentissage soit diffus et confus. Un juste équilibre tends à offrir une certaine liberté dans l’apprentissage du joueur tout en étant valorisé par une liberté.

Thierry
P.S.: Si on y pense un peu, c’est une idée d’apprentissage qui peut tout à fait bien s’adapter en bibliothèque…

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