Kickstarter: le phénomène

Kickstarter, c’est le nouveau site à la mode. Vous en entendez parler partout, particulièrement si vous êtes techno ou amateur de jeux. Pas si nouveau que ça me diront les plus indies d’entre vous! C’est vrai, car le site a vu le jour à New York en 2009.

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«Le seuil de financement vise à protéger les investissements, votre argent ne servira pas si le projet n’est pas financé à pleine valeur.»

On Kickstart?

Kickstarter est une plateforme de financement populaire ayant pour but de financer des projets par l’entremise de vous, cher public! Les projets sont présentés sur le site et le consommateur investit ce qu’il veut pour supporter le projet. Lorsque le projet atteint le financement demandé, le paiement du participant est validé.Le seuil de financement vise à protéger les investissements, votre argent ne servira pas si le projet n’est pas financé à pleine valeur.Plusieurs entrepreneurs vous proposent aussi des récompenses qui sont choisies en fonction d’une échelle de financement. Ces récompenses peuvent parfois être très originales (un jeu, un souper, un produit humoristique) ou quelquefois un peu inutiles (des gadgets promotionnels). De son côté, Kickstarter se garde une marge de 5% pour financer son propre site. On comprend rapidement l’intérêt que peut avoir Kickstarter de mettre de l’avant les projets populaires afin qu’ils soient financés et qu’au final, ils touchent leur part sur le produit! D’un autre côté, il y a aussi Amazon qui gère les transactions du site qui conserve une marge de 3 à 5% sur chacune des ventes.

Kickstarter s’intègre donc dans la mouvance du crowdfounding et du crowdsourcing. Le premier étant le financement populaire ou participatif et le second la production de contenu par la communauté.Le financement populaire permet ainsi l’élimination des intermédiaires en proposant un cadre beaucoup plus flexible aux créateurs.Pour certains, un des objectifs est aussi d’évacuer le processus, trop lourd, des focus groups et des comités reliés à la production technologique. Le revers de la médaille étant parfois l’instabilité de certains produits. C’est un risque calculable à prendre en compte.

«Les gens veulent financer un projet pour avoir le produit à prix moindre ou avoir une exclusivité alors que l’idée n’est pas du tout d’en faire une boutique en ligne, mais bien d’encourager des entrepreneurs et les créateurs.»

On comprend rapidement l’intérêt pour les petits auteurs, les produits de niche et les compagnies émergentes de proposer des projets sur ce genre de plateforme. Kickstarter est donc une plateforme vous permettant de financer des projets et non pas une boutique en ligne pour acheter des produits. Les déceptions face à ce type de site et de financement viennent souvent de cette mésentente. Les gens veulent financer un projet pour avoir le produit à prix moindre ou avoir une exclusivité alors que l’idée n’est pas du tout d’en faire une boutique en ligne, mais bien d’encourager des entrepreneurs et les créateurs.

Justement, les créations et les idées innovantes sont très nombreuses sur Kickstarter que ce soit dans le domaine technologique, pensons à TikTok+LunaTik, une idée ingénieuse permettant de transformer un iPod Nano en montre ou Pebble : E-Paperwatch for iPhone and Android qui fut l’un des plus gros succès sur Kickstarter. Dans le domaine musical, on peut penser à Amanda Palmer qui a créé tout un engouement en y vendant son dernier album, mais en proposant aussi des concerts privés. Plus près de nous, le festival Mutek a essayé un financement par Kickstarter mais qui n’a malheureusement pas été financé à la hauteur de leurs attentes. Du côté du cinéma indépendant pensons, par exemple à Fat kid rules the world de MatttewLillard (il reste d’ailleurs quelques heures pour le supporter).

Dans les domaines du jeu

Plus intéressant pour nous c’est l’offre sur Kickstarter dans les domaines et les industries du jeu de société et du jeu vidéo. On ne peut passer sous le silence la frénésie provoquée par le projet Double fine adventure de Tim Schafer (concepteur des jeux d’aventure Monkey Island et Day of the Tentacles). Plusieurs “vieilles” séries se proposent ainsi de faire peau neuve pour ses fans dont Leisure Suit Larry, Shadowrun ou Carmageddon. Ces derniers ayant de nombreux fans, les projets ont rapidement dépassé les attentes. D’ailleurs, les « goodies » proposés étaient vraiment intéressants allant même jusqu’à un souper avec Tim Schafer!

Shadowrun Returns sur Kickstarter

Shadowrun Returns sur Kickstarter

«Plusieurs des projets ayant reçu le plus de financement sont portés par des auteurs connus déjà bien établis.»

Du côté des jeux de société, nous avons pu assister à des financements assez impressionnants. Je pense notamment à Ogre de Steve Jackson qui a allé chercher plus de 900 000$. Il y a eu aussi les succès d’Eminent Domain, et de Zombicides. Il ne faut pas non plus passer sous le silence le phénomène des rééditions sur Kickstarter notons par exemple les reprints de Tammany hall et le fameux Sleuth de Sid Jackson. Une chose est sure, plusieurs des projets ayant reçu le plus de financement sont portés par des auteurs connus déjà bien établis, mais qui souhaitent passer par un modèle moins lourd. Ces derniers ont donc les moyens de production nécessaires et potentiellement les moyens de commercialiser le produit.

Ogre sur Kickstarter

Ogre sur Kickstarter

Pour certains, les sites tels que Kickstarter proposent une véritable révolution dans l’industrie si on y ajoute le pouvoir des médias sociaux et le buzz potentiel pouvant être généré par des blogues bien en vue l’effet viral peut porter fruit. Reprenons l’exemple de TikTok+Lunatik qui a vu son financement bondir suite à un billet sur Gizmodo. Ainsi, le marketing du produit reste un élément essentiel à prendre en compte. Bien sûr il y a un côté plus sombre, c’est-à-dire tous les projets n’ayant pas accumulé le financement nécessaire et qui sombre dans l’oubli. Pour que le projet fonctionne il faut donc que le créateur soit crédible, se rappeler qu’on a affaire à des investisseurs qui sont des consommateurs et non des experts et surtout communiquer le plus possible pour éviter de semer le doute sur le projet.

Des inquiétudes?

Plusieurs doutes sont tout de même soulevés au sujet des sites de financement populaire comme Kickstarter. Certains croient que le succès du site créera sa chute. S’il y a un trop grand nombre de produits, le financement public sera alors dilué et les projets ne trouveront pas le financement nécessaire.

Pour d’autres le problème avec Kickstarter est plus du côté de la compétition malsaine pouvant se jouer entre les différentes plateformes. Par exemple si un produit très en vogue est lancé sur deux sites web distincts, il y aura une compétition marketing qui se créera pour faire connaitre et vendre le produit. Comme le web n’est pas autant régulé que les médias dit traditionnel, cette lutte pourraient potentiellement se faire sur de la désinformation et créer des problématiques importantes liées au financement des gens. Évidemment, répondront les partisans de ce type de financement, que l’on parle d’une situation hypothétique, qui risque de se régler par la domination d’une plateforme et la réputation de cette dernière.

Plus réaliste l’une des craintes soulevées par les utilisateurs de Kickstarter est reliée à la commercialisation et à la production du produit une fois le financement obtenu. Cet élément explique régulièrement que les gens doivent attendre parfois assez longtemps avant de recevoir le produit financé et les « gadgets » associés au financement. Parfois, même à la réception du produit le participant peut être assez déçu de sa qualité. Le financement reste assez aléatoire lorsque le créateur n’est pas connu. Ceci est particulièrement vrai pour les projets plus techniques qui demandent des moyens de production importants.

Cette crainte rejoint aussi celle des intermédiaires de productions qui y voient une compétition injuste et pour certains, la perte d’acquis. Kickstarter peut sembler mettre en péril les intermédiaires de l’industrie que ce soit les éditeurs, des distributeurs ou les boutiques. On peut, au contraire, penser que lancer un produit sur Kickstarter permet de faire une preuve de concept, c’est-à-dire de démontrer qu’un jeu serait très populaire en magasin et ainsi s’assurer d’un succès commercial pour l’éditeur qui le prendra en charge par la suite. D’un autre côté, en passant Kickstarter un auteur de jeu pourrait justement vouloir passer outre la chaîne de production traditionnelle. Dans ce cas, il doit s’assurer de fournir à la demande. Pensons à un auteur qui propose un jeu sur Kickstarter et qui se retrouve avec un financement viral. Il doit alors planifier la suite de la chaine de production qu’il a lui-même « bypassé » en allant sur Kickstarter. À ce moment on peut penser qu’un éditeur le contactera ou qu’il se joindra à d’autres personnes expérimentées pour lancer la production et la livraison du produit. Intervient alors le concept du crowdsourcing, phénomène mentionné ci-haut, proposant la production de contenu par une communauté d’intéressés.

Pour en savoir plus : http://www.delicious.com/vicky.bookmark/kickstarter

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